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La méchanceté existe-t-elle vraiment?

Bon, oui, elle existe. Je me doute bien qu’à la lecture de ce titre, vous avez immédiatement pensé à Hitler et à cette méchante petite fille qui vous pinçait sans raison dans la cours de l’école primaire. Mais le terme n’est-il pas utilisé à tort et à travers? (Lecture: 4min33)

Porter un jugement

Croyez-le ou non, mais qualifier une personne ou une action de « méchante » est un jugement. Concrètement, cela signifie qu’il s’agit d’une opinion. Je sais, c’est très vexant et j’entends d’ici vos contestations à venir du type: « n’importe quoi, moi j’ai un collègue qui est la méchanceté incarnée et c’est un fait objectif. Tout le monde au bureau est d’accord ». Il n’empêche que ça reste votre avis et qu’il sera toujours possible de trouver des personnes qui vous soutiendront que Gustave est un véritable amour – ne serait-ce que sa maman.

Puisqu’il s’agit d’une opinion, cela signifie que nous jugeons sans cesse des faits qui sont, à la base, neutres. Deux facteurs  les rendent « méchants » ou non: la personne qui les reçoit et décide de les qualifier ainsi; et l’intention que la personne à l’origine de ces faits a mis derrière. Les deux ne coïncident pas toujours! On peut alors se demander si ressasser une histoire en répétant à qui veut l’entendre que Machin nous veut du mal et est une horrible personne n’est pas, dans le fond, une gigantesque perte de temps.

Tout est dans l’intention 

J’ai pu observer tous les cas de figure suivants: 

Micheline fait à Geneviève un commentaire qu’elle estimait sympa, mais Geneviève le prend mal. Geneviève trouve Micheline méchante alors que cette dernière ne voit pas le problème;

Geneviève fait une réflexion volontairement méchante à Micheline qu’elle trouve hyper saoulante en ce moment. Micheline le vit très mal;

Micheline fait une remarque qu’elle estime méchante (volontairement ou non) à Geneviève. Cette dernière n’y perçoit aucune méchanceté. 

Dès lors, on peut en conclure qu’aucune action ou parole n’est méchante (arrêtez de me rebalancer Hitler, on parle ici de cas généraux et non de cas extrêmes). On peut donc mal prendre des paroles ou actions pourtant émises avec la meilleure intention du monde, comme on peut passer des heures à s’auto-flageller pour une parole qu’on a eu et qu’on estime maladroite, pendant que la personne à qui elle était adressée vit sa meilleure vie en bouquinant dans son bain.

Comprendre l’autre

Pendant longtemps, j’ai cru que « comprendre l’autre » signifiait que je devais passer des heures à étudier toutes les raisons possibles pouvant justifier les paroles et actions d’autrui jusqu’à en trouver une qui me paraisse cohérente tout en me semblant être une excuse valable. Et… On tombe en plein dans les conclusions hâtives dont je vous parlais la semaine dernière. 

En fait, ô surprise, pour comprendre l’autre, il suffit de lui demander pourquoi il.elle a dit ou fait ceci ou cela. Libre à cet individu d’être sincère ou de mentir. Mais si on part du principe que la majorité d’entre nous ne sommes ni devins ni mentalistes, il y a peu de chance qu’on sache déceler instinctivement l’état d’esprit de la personne qui nous fait face. En clair: on ne saura jamais si l’autre nous a menti. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre l’information qu’on nous donne sans chercher d’arrière pensée. En revanche, libre à nous de décider que fréquenter cette personne ne nous réussit pas et de la jarter de notre vie. Ça s’appelle poser ses limites, et c’est cool. Par contre ça marche dans les deux sens: aidons les autres à nous comprendre en exprimant nos émotions et en nous excusant quand on en ressent le besoin.

C’est Jésus qui l’a dit

Dans la tête des méchants

J’ai la chance assez extraordinaire d’avoir un métier qui me permet d’entrer dans la tête des gens -métaphoriquement parlant of course, je n’ai pas encore de bus magique. On me demande souvent si j’ai des client.es que je n’apprécie pas; la réponse est non. La mise à nue émotionnelle est à la base de la thérapie, et j’ai le grand honneur de pouvoir partager les pensées et états d’âme les plus intimes de mes client.es. Or il me semble impossible de juger ou de ne pas apprécier une personne qui vous partage tout ce qu’elle est dans toute sa vulnérabilité, dans toute son humanité. Vous verrez peut-être votre collègue Gustave cracher dans votre café; je le verrai en larmes, me racontant son acte, plein de honte, m’expliquant pourquoi il est jaloux de vous et le dégout qu’il ressent pour lui-même lorsqu’il se comporte comme ça, se débattant pour sortir de ses schémas destructeurs. Même Disney, en choisissant d’offrir deux films à Maléfique, nous invite à relativiser le comportement des vilains. 

Et puis si certain.es cherchent à rabaisser les autres parce qu’ils.elles se sentent mal, d’autres ne font que réagir à une action de votre part qui les a blessée. Vous avez le droit de ne pas aimer Geneviève; aviez-vous besoin d’en parler à tout l’étage histoire de vous assurer que tout le monde est d’accord avec vous, et qu’elle se retrouve isolée? Qui est méchant.e dans ce cas?

Juger l’autre et l’enfermer dans le rôle que vous avez décidé pour lui ou elle peut donc aussi être une façon d’éviter toute remise en question. On n’a pas envie que Gustave nous explique qu’il crache dans notre café parce qu’il sait que c’est nous qui avons crevé ses pneus, un peu éméché.e à la soirée de fin d’année, ni que Geneviève ne nous explique qu’elle vit très mal nos « blagues » à son sujet. Est-ce que faire un pas vers l’autre, l’interroger, chercher à le.la comprendre, ne serait pas aussi une occasion pour nous d’avancer et de devenir meilleur.e?

Encore une fois, je ne dis en aucun cas qu’il faut tout accepter et tout croire; je vous encourage simplement à poser vos limites en vous basant sur vous et vos ressentis plutôt qu’en portant un jugement sur celles et ceux qui vous entourent. « Fréquenter cette personne me fait me sentir triste trop souvent à mon goût » n’a pas le même impact que « cette personne est une horrible connasse, je la hais, elle est tellement méchante ».

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