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Distorsion cognitive 8: le raisonnement émotionnel

Encore une distorsion dont le titre est plutôt évocateur… Décidément, elles sont plutôt bien nommées! Il s’agit tout simplement de penser que son ressenti est le reflet exact de la réalité. Ou l’inverse. Une superbe façon de s’auto-saboter en toute quiétude. On regarde ça de plus près? (Lecture: 2 min38)

Un cerveau, deux hémisphères

Pas besoin d’avoir un doctorat en biologie pour savoir que notre cerveau se compose de deux parties distinctes – il suffit d’avoir regardé le « Bus Magique ». Saviez-vous, en revanche, qu’un hémisphère est plutôt dédié au raisonnement intellectuel (langage, écriture, maths…), quand l’autre gère, entre autres, nos émotions? Je schématise un peu, si vous voulez en savoir plus au sujet du cerveau, je vous suggère de demander à Dieu*. En psychologie, on observe deux types de personnes: celles qui intellectualisent tout, rationalisent un max, et sont souvent détachées de leurs émotions, et celles qui vivent leurs émotions à 2000%, oubliant bien souvent de prendre du recul. 

*Google, mais vous aviez compris.

La première version, c’est votre pote qui, en cas de rupture, vous liste toutes les raisons pour lesquelles en fait, c’est très bien que Léontine l’ait quitté après avoir couché avec son meilleur ami. Ou votre amie qui, à l’inverse, harcèle son ex pour discuter encore une fois de leur relation mois par mois, car elle n’a pas bien compris tous les détails dont l’enchainement a conduit à cette séparation. Ou encore, c’est votre voisin qui passe des mois à imaginer ce qui a pu se passer dans la tête de son ex, à étudier tous les scénarios possibles jusqu’à trouver celui qui a le plus de sens pour expliquer la rupture. 

La personne au raisonnement émotionnel, elle, va juste pleurer sa mère. Pendant…. Loooooongtemps! Elle aura peut être besoin de comprendre, mais elle rejettera toutes vos tentatives de rationaliser ce qui s’est passé sous prétexte que « ça fait trop mal, je m’en remettrai jamais ». 

Certain.es ont un mode de fonctionnement très marqué dans un sens ou dans l’autre, d’autres alternent entre les deux.

Mon émotion, cette réalité objective indiscutable 

Raisonner avec ses émotions revient, au quotidien, à croire que ce qu’on ressent représente la réalité. Si je me sens révoltée, c’est que la situation est révoltante; je suis triste, donc tout ce qui m’entoure, c’est de la merde; je suis heureux.se, le monde est merveilleux. 

Pourtant, si on prend deux secondes de recul, on réalise vite qu’une situation révoltante ne l’est pas pour celleux qui l’ont crée, que notre tristesse n’atteint ni la vie des gens heureux, ni la blanche colombe, et que notre bonheur n’efface pas les malheurs du monde. Notre météo intérieure n’influence que notre réalité; il s’agit, ni plus ni moins, d’une opinion personnelle que nous décidons d’appliquer au reste du monde. 

« Où le problème? », me demandez-vous, inquiet.ètes car vous vous êtes reconnu.es dans les lignes précédentes.  Calmez-vous, j’y viens. 

Mode auto-sabotage on

Petit disclaimer tout de même: si vous fonctionnez comme cela et que vous en êtes satisfait.es, alors il n’y a pas de problème. Je vais simplement vous décrire les effets néfastes possibles. Si vous ne vous sentez pas concerné.es, ou si cela vous convient malgré tout, alors c’est très bien. Mon travail n’est pas de dire ce qui est bien ou non, normal ou non, simplement de présenter un éventail des possibles et des solutions pour celleux qui ne sont pas épanoui.es dans leur mode de fonctionnement. 

Bref. Le raisonnement émotionnel, c’est un peu comme Pac Man: un petit bonhomme a l’air inoffensif, qui bouffe tout sur son passage. Les périodes de joie et de bien-être seront des moments formidables, et c’est cool. Mais elles seront alternées avec des périodes de tristesse intense, et on peut facilement passer sa vie à faire des tours de montagnes russes sans savoir comment descendre du wagon. Rien que ça, c’est épuisant. 

Un autre risque consiste à voir son estime de soi doucement grignotée par un camembert jaune (métaphoriquement j’entends. Si vous voyez cette image se dérouler réellement sous vos yeux, c’est qu’il est temps d’arrêter les drogues). Par exemple, si je me sens coupable, alors je vais en déduire que j’ai fait quelque chose de mal. Peut-être vous est-il arrivé, par le passé, de vous excuser auprès de quelqu’un que vous pensiez avoir blessé, tandis que votre interlocuteur savait à peine de quoi vous parliez? On se sent coupable lorsque nous ne sommes pas en phase avec nos valeurs. C’est alors important de rétablir les choses pour pouvoir se sentir mieux. En revanche, cela ne fait pas de nous une personne horrible (sauf si vous êtes un ancien membre de la Wehrmacht). De la même manière, une personne au raisonnement émotionnel aura tendance à penser qu’elle est nulle si elle se sent nulle. Il devient alors difficile de prendre confiance en soi, car notre valeur intrinsèque sera fluctuante et fonction de notre ressenti du moment. 

Intérieur de la tête d’une personne au raisonnement émotionnel. Allégorie (mais pas tant que ça)

Prendre du recul

Sortir d’un raisonnement émotionnel est, sur le papier, hyper simple: il « suffit » d’apporter un peu de rationnel dans toute cette histoire. De dire à nos émotions: « hop hop hop Micheline*!! Tu n’es qu’une émotion, un ressenti, et pas la réalité alors calme-toi tout de suite! ». Ce n’est pas toujours simple, et pas toujours faisable, mais ce sera une première étape cruciale pour prendre du recul. Il est intéressant, dans un second temps, de se demander quel événement a déclenché cette émotion. Est-ce objectivement si grave? Une autre personne pourrait-elle réagir différemment ? Si c’était un ou un.e ami.e qui se retrouvait dans cette situation – et non vous, que lui diriez-vous? 

* Ceci est un exemple, vous pouvez bien sur nommer vos émotions comme bon vous semble.

J’aimerais rappeler, pour finir, que vivre pleinement ses émotions est important. On ne cherche pas ici à les ignorer, simplement à ne pas les laisser nous submerger et nous faire croire qu’on ne vaut rien. 

De toute évidence, certains événements de la vie nécessitent de laisser toute leur place aux émotions (un deuil, un traumatisme, une rupture, la défaite du PSG en Ligue des Champions…). Vivre sa douleur, c’est essentiel; pleurer, c’est bien (oui je termine là dessus. Mic Drop).

2 commentaires

  1. DAMC sur 2 octobre 2020 à 11 h 35 min

    J’aime l’article et j’aime le ton🙂👍

    • Lauranne sur 2 octobre 2020 à 11 h 36 min

      Merci! Contente que ça te plaise ^^

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