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J’aurais voulu qu’on m’apprenne à être plus exigeante

J’avais très envie de vous partager une réflexion personnelle que je me suis faite récemment. J’ai regardé ma vie aujourd’hui, et puis ma vie passée… et quelque chose m’a frappée : qu’on parle de travail, de vie amoureuse ou de sujets plus vastes, on m’a appris à me contenter de peu. A ne pas en demander trop et surtout à ne pas trop espérer de la vie. Avec le recul, je me dis que ma vie aurait été bien différente si on m’avait appris à être plus exigeante.  (lecture: 4min42)

Dans le monde du travail…

Comme beaucoup d’enfants, j’ai grandi la tête remplie d’idées de métiers très différents, parfois loufoques. Loin d’être encouragée dans mes idées, j’avais droit à deux réactions de la part des adultes de mon entourage: 1) « Alors ça tu ne peux pas le faire parce que c’est réservé à une élite / tu n’es pas assez scientifique / ça n’existe pas / il faut choisir, tu ne peux pas avoir plusieurs métiers » ; 2) « Oh noooooonn !!!! Olala qu’elle est chou ! » (traduire = « je me fous ouvertement de ta gueule car tu crois à l’impossible, lol »). Globalement, j’ai grandi avec cette idée : le travail, c’est nul, et c’est normal. On ne travaille pas du tout par plaisir mais par nécessité, c’est comme ça, autant s’y faire. Oui, c’est vrai, certaines personnes vivent de leur passion, mais c’est très difficile, et surtout, tel les assassinats et les enlèvements, ça n’arrive qu’aux autres. 

J’aurais aimé qu’on m’enseigne l’exigence à ce moment là. Pas celle qui dit de se battre tout le temps pour tout, d’accepter de faire des stages de 6 mois non rémunérés sous prétexte que « c’est normal, tu ne sais rien faire », de bosser comme une dingue pour de mauvais manageurs dépourvus de reconnaissance face aux efforts fournis, mais ne manquant jamais de relever devant tout le monde la moindre miette d’erreur. Non, je parle d’exigence envers les autres et la vie. J’aurais voulu qu’on me dise que je pouvais tout faire, que si un métier n’existait pas, je pouvais le créer ; que personne n’a le droit de me manquer de respect dans le travail ; qu’on m’explique que c’est normal de ne pas savoir ce qu’on veut faire dans la vie à 17 ans, et que j’avais le droit de prendre mon temps pour y réfléchir ; que voyager, c’est enrichissant aussi, et que « perdre » des années, en vrai c’est impossible ; et que quand bien même, 1 an ou 2, à l’échelle d’une vie, c’est insignifiant ; qu’être passionné.e par son travail, c’est tout à fait souhaitable, parce que vu le temps qu’on y consacre, mieux vaut trouver une activité qui nous éclate vraiment ; que c’est important pour être heureux.se et épanoui.e. Parce que oui, après avoir changé 5 fois de métiers entre mes 21 et 31 ans, je le sais : être passionné.e par son travail, c’est possible si on s’en donne les moyens et qu’on est prêt.es à prendre des risques.

… En amour…

Ah l’amour ! Voilà en domaine qui est en mode full contradictions. D’un coté, Disney et les contes de fées nous expliquent qu’en tant que femmes, on n’a rien à faire. Il semble que quelques soient notre condition sociale et nos emmerdes, si on est sympa et serviable, un mec parfait va vouloir nous épouser. Et à partir de là, les meufs, c’est la belle vie : richesse, serviteurs, châteaux seront à notre disposition. Mais…. en même temps, je me souviens qu’à chaque période de ma vie, quand on m’a demandé de décrire le type d’homme avec qui je voudrais être, on m’a rit au nez. Systématiquement. « Ahahah !!! T’es pas exigeante toi déjà ! Tu veux quelqu’un qui soit à ton goût physiquement, gentil, généreux, intelligent, intéressant, drôle…. T’es au courant que l’homme idéal n’existe pas ?? ». 

J’aurais aimé qu’à la place, on me réponde : « Tu as raison d’attendre quelqu’un de bien, à ton goût et qui te convienne. Sois exigeante, n’accepte rien de moins, parce que c’est ce que tu mérites ». Cela m’aurait évité moultes déconvenues ! A tel point que, si on m’avait décrit mon compagnon ne serait-ce qu’1 min avant que je ne le rencontre, j’aurais éclaté de rire et clamé haut et fort qu’une personne comme ça, ça n’existe pas. Pourtant il est là, bien réel : un homme beau, brillant, drôle, gentil, prévenant, hyper sociable, généreux, à l’écoute,  capable de remise en question, qui partage mes valeurs, un nombre incalculable de centre d’intérêts et avec qui je me sens parfaitement en phase  (non, il n’a pas de frère). Ça ne veut pas dire qu’il est parfait, simplement qu’il est parfait pour moi. Je ne suis pas devin, je ne sais pas si ça durera toute la vie entre nous, mais je suis sûre d’une chose : si on se sépare un jour, je ne veux rien de moins pour la suite.

A celleux qui diront que « c’est exceptionnel, ça n’arrive qu’une fois tous les 200 ans et puis si on est trop exigeant.es on trouve jamais personne », j’ai envie de dire deux choses. D’abord: et alors? Ne vaut-il pas mieux être seul.e que mal accompagné.e? 

Et ensuite que, si on n’est pas exigeant.e, ça donne ceci : « je cherche quelqu’un d’à peu près potable physiquement, pas trop désagréable, si possible généreux.se mais bon, au pire je ferai sans, une petite blague de temps en temps pourrait être cool… Aussi, si on pouvait avoir au moins un ou deux points communs ce serait sympa. Bon et puis si on pouvait partager quelques valeurs ça serait le top, mais là j’en demande peut-être un peu beaucoup ». Ça vous fait rêver ? Est-ce que c’est vraiment ce que vous voulez de la vie ? Est-ce que vous pensez vraiment que vous ne méritez rien de mieux (si oui, contactez moi) ?

Et si vous en doutez encore, je vous invite à regarder ce Ted Talk intitulé « How I hacked online dating ». Regardez la vidéo, et écrivez-moi pour m’expliquer pourquoi il faudrait être autre chose que super exigeant.e en amour.

… Et en général

Petite, j’avais vachement de principes et de suite dans les idées. Jugez plutôt : à 7 ans, j’ai envoyé deux lettres. La première à Jacques Chirac, alors Président de la République, pour lui demander d’interdire la vente de cigarettes aux mineurs ; la seconde à Ludwig Briand – interprète de Mimi-Siku dans « Un indien dans la ville » – pour lui dire que je l’aimais et que quand je serai grande, on pourrait carrément se marier lui et moi*. C’est bien simple, dès que j’avais une idée, je la mettais en pratique. Est-ce que j’ai imaginé une seule seconde que Jacques et Ludwig pouvaient n’avoir que faire de mes courriers ? NON. A tel point que j’ai été hyper déçue quand l’assistante de l’un et la mère de l’autre m’ont répondu à leur place. 

Et puis, en grandissant, on m’a expliqué que mes actions n’avaient pas d’impact, que je n’étais pas assez importante pour pouvoir prétendre à changer le monde, que je n’étais qu’une petite personne ordinaire perdue dans une immensité ; que les gens qui changent le monde sont rares et exceptionnels. Je crois pourtant qu’aujourd’hui plus que jamais, on prend conscience, face à des défis comme l’écologie ou encore l’égalité hommes-femmes, d’à quel point le moindre geste compte, d’à quel point il faut être des millions à multiplier les petites actions pour espérer voir le monde évoluer.

J’aurais aimé qu’on m’apprenne cela enfant. J’aurais aimé qu’on me dise que personne n’est extraordinaire, que les personnes qui ont fait bouger les lignes à travers l’Histoire sont des êtres ordinaires qui ont osé se battre pour leurs opinions. Je veux dire, imaginez deux secondes si les parents de Greta Thunberg lui avaient dit : « Greta, c’est pas toi qui va changer le monde. Apprends à gérer tes émotions et laisse immédiatement tomber cette ridicule grève de la faim ! Tu vas perdre ton année si tu continues, alors retournes à l’école, c’est quand même plus important. ».

Alors oui, là encore, j’aurais aimé qu’on m’apprenne à être plus exigeante, à aller au bout de mes idées, à crier plus fort si je n’étais pas entendue sur un sujet important pour moi. J’aurais aimé qu’on me dise qu’en vrai, la plupart des choses décrites comme « impossibles » ne le sont que jusqu’à ce que quelqu’un prouve le contraire, et que oui, potentiellement, ce quelqu’un pouvait être moi. Ou vous. Ou une petite ado suédoise Asperger et dépressive. 

* Ludwig, si tu passes un jour par ici, tu l’auras compris, j’ai changé d’avis depuis. J’espère que tu ne m’en voudras pas trop de ne pas avoir tenu parole. En même temps soyons lucides : on ne se connait pas toi et moi. Je te souhaite une bonne vie et j’espère sincèrement que tu n’es pas trop triste à la lecture de ces lignes. Bisous. 

4 commentaires

  1. AUDOUBERT sur 30 janvier 2020 à 14 h 41 min

    Bravo, bravo ! Et merci d’aborder la notion « d’exigence » sous cet angle et de lui donner tout à coup une définition différente de celle que je pouvais en avoir jusqu’à présent ! Je voyais cela en effet davantage comme le fait de se battre coûte que coûte et de ne jamais rien abandonner au risque de passer pour un perdant. Et tu viens de me faire changer de vision en 4 minutes ! Merci pour ça et pour tes mots qui comme toujours résonnent en moi avec une justesse qui me laisse sans voix 😉

    • Lauranne sur 13 février 2020 à 9 h 27 min

      Merci à toi pour ton commentaire 🙂 ça me fait très plaisir de savoir que mes écrits offrent de nouvelles pistes de réflexion!

  2. Cathy sur 5 février 2020 à 11 h 20 min

    C’est drôle je ne me souviens pas qu’on m’ai particulièrement découragée de quoi que ce soit, pourtant enfant et jeune fille j’avais un niveau d’exigence très bas : je m’estimais comblée et chanceuse d’aimer et d’être aimée de mes parents et frère et sœur (j’ai pas fait de crise d’ado, j’aimais et j’admirais mes parents), comblée et chanceuse qu’on me trouve jolie, gentille et même intelligente. En fait je croyais avoir TOUT et donc ça aurait été inconvenant d’espérer davantage… Du coup en amour j’ai eu tous ceux que je voulais, y compris ceux qui ne pouvaient pas me convenir, notamment ceux qui ne me méritaient pas ! Je ne savais pas dire non, dire je ne veux pas, repousser gentiment mais fermement.
    C’est la naissance de mon 1er enfant qui a commencé à changer la donne : j’étais émerveillée d’avoir produit un tel miracle ! Mais j’ai mis de très très très longues années à comprendre et à oser penser que je valais mieux encore que ce que je vivais.
    Un mariage, deux enfants, un divorce, un remariage (qui dure depuis 35 ans mais qui s’essouffle) et trois autres enfants plus tard, me voilà à 62 ans qui choisis de ME choisir ! Clairement mon niveau d’exigence a monté…. mais il a mis le temps ! 😉
    Merci pour tes mots, je suis admirative de toutes les jeunes femmes réfléchies et à la recherche de leur épanouissement que je croise sur les RS !

    • Lauranne sur 13 février 2020 à 9 h 30 min

      Merci Cathy pour ce témoignage qui me semble très complémentaire au mien. C’est fou les limites qu’on peut se mettre dans la tête, même quand on n’a pas l’impression d’en avoir… Moi aussi je suis très impressionnée par les réflexions que se font les plus jeunes maintenant. Quand je vois le chemin parcours par certain.es youtubeurs/ses de 20 ans, je suis vraiment impressionnée!

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