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Entrepreneur.es: faut-il accepter de travailler gratuitement?

J’ai exercé plusieurs métiers en tant qu’indépendante, et tous ont un point commun: peu importe le domaine d’activité, on m’a toujours demandé si je pouvais travailler contre… rien. Une problématique que mes client.es à leur compte sont nombreux.ses à rencontrer, sans toujours savoir y répondre. Alors faut-il, oui ou non, travailler pour le plaisir de rendre service? Tentons ensemble de répondre à cette question plus épineuse qu’une branche de gui. (Lecture: 4min43)

Commencer par s’interroger

Les arguments ne manquent pas aux personnes qui souhaitent profiter des compétences d’autrui en échange de leur reconnaissance éternelle. Les plus malins tenteront même de vous faire croire qu’ils font ça pour vous: « ça te fait gagner en expérience, tu vas pouvoir t’entrainer et ça te fera un client de plus à mettre en avant. Je parlerai de toi et ça te rapportera des client.es qui ont les moyens ». Si vous vous lancez tout juste, cela peut effectivement être un avantage d’avoir des client.es à citer. Je vous encouragerai malgré tout à vous poser quelques questions avant d’accepter une telle proposition: qu’est-ce que travailler pour cette personne peut vous apporter? Y gagnez-vous réellement au change? Comment ferait Marceline si vous n’étiez pas là? N’hésitez pas à définir le temps que vous allez consacrer à ce client, et à le chiffrer. Est-ce que ce que vous allez gagner en rendant ce service est à la hauteur de la somme que vous auriez normalement facturé?

De qui vient cette demande ?

D’après mon expérience et celle de mes client.es, la soi-disant reconnaissance des personnes pour qui on travaille pour de l’air est en réalité souvent absente… Ce sont même généralement les plus exigeantes. Je connais des cas où le fruit du travail gratuit a carrément été commercialisé par la suite, dans le plus grand des calmes – sans bien sur que l’exécutant.e ne reçoive le moindre paiement. Alors il est à mon sens essentiel de se demander qui on a en face de nous: est-ce qu’on connait bien cette personne? Partage-t-elle nos valeurs? A-t-elle été là pour nous dans le passé? Sera-t-elle présente pour nous dans le futur? Si la situation était inversée, accepterait-elle de travailler gratuitement pour nous rendre service? 

Gardez en tête que vous ne devez rien à personne (à moins bien sur que votre client-gratuit ne vous ai offert un jour le dernier carré de sa tablette de chocolat, là clairement, vous lui devez beaucoup). Rien ne justifie que vous donniez de votre temps pour quelqu’un sous prétexte que vous vous connaissez, que c’est un.e ex que vous aimeriez bien récupérer (ou que vous avez jeté et qui vous fait culpabiliser depuis), que vous êtes de la même famille ou que vous avez un vague pote en commun. C’est un choix que vous faites et vous êtes libre d’accepter autant que de refuser de travailler gratuitement pour qui que ce soit. Rappelons par ailleurs, car ça ne fait jamais de mal, que débuter n’est pas synonyme d’incompétence; «  pas besoin d’attendre mille ans pour être doué.e » disait si bien ce brave Rodrigue dans Le Cid (kinda).

Comment dire non sans passer pour la pire des personnes ?

C’est généralement ici que ça se corse: on sent bien que l’autre personne tente de profiter de nous, on a ni le temps, ni l’envie de faire ce qu’il.elle nous demande mais…. Comment dire non? C’est si facile de culpabiliser, et les autres se privent rarement d’en rajouter une couche à base de popopop « c’est vraiment pas sympa, tu me fous dans la merde » saupoudré de « moi, je le ferais pour toi » – alors que rien n’est moins sûr. 

D’où l’importance des deux premières étapes! Plus vous saurez pourquoi vous refusez, plus votre « non » sera convaincant, et donc moins vous laisserez la brèche de la culpabilisation ouverte. Si des explications sont demandées, dites simplement que vous n’avez pas le temps d’effectuer des tâches bénévoles à l’heure actuelle. Si l’autre insiste en appuyant là où ça fait mal (le fameux: « tu n’es pas une bonne personne »), inversez la situation: qui est le.la méchant.e de l’histoire? Vous qui rejetez sa demande? Ou lui/elle qui vous demande de travailler pour rien, vous privant ainsi de temps précieux que vous pourriez consacrer à la recherche de clients qui, eux, vous permettront de manger? 

Si refuser vous est insupportable, interrogez-vous peut-être sur les raisons qui vous poussent à accepter. Pensez-vous vraiment être une mauvaise personne? Pourquoi cela vous dérange-t-il tellement qu’on puisse penser que vous n’êtes pas sympa?

Si vous n’avez jamais essayé de tuer quelqu’un, vous n’êtes probablement pas une horrible personne

Mon avis sur la question

Au tout début de ma vie active, j’ai beaucoup accepté les clients gratuits. Je n’osais pas dire non et me laissais persuader qu’à terme, j’aurai un retour sur investissement. Non seulement je n’en n’ai pas retiré grand chose, mais en plus j’ai fini par me retrouver dans de beaux draps: j’avais plus de clients qui ne me rapportaient rien que de clients qui me rémunéraient. Plus de temps à me consacrer à moi-même, et plus de temps pour prospecter. Le tout avec des personnes qui me harcelaient parce que je n’avançais pas assez vite à leur goût; j’avoue, je faisais en priorité le travail pour lequel j’étais payée. Loin de me trouver géniale, je n’en n’ai retiré que de la frustration. Je me sentais coincée, regrettais d’avoir accepté ces tâches que je n’avais plus envie de faire, pour des personnes que je n’avais plus envie de voir. 

Cerise sur la garrigue, bosser pour peanuts ne m’a jamais rapporté de client.es. Très peu ont vendu mes services, même s’ils.elles étaient satisfait.es du résultat; beaucoup en revanche m’ont envoyé d’autres clients gratuits, et je n’avais pas grand chose à y redire, semble-t-il, puisque « tu l’as fait pour moi, tu peux bien le faire pour ma boulangère ».

Il est aujourd’hui très rare que j’accepte de travailler gratuitement. Mes tarifs sont très en dessous du marché – mais ils me conviennent – et je propose quelques créneaux en pro-bono (gratuits, donc) parce qu’il me tient à coeur de rendre le coaching accessible.

Je n’accepte de rendre service qu’à des personnes dont je suis certaine qu’elles le feront pour moi si besoin. De même, je refuse une aide gratuite si je ne pense pas pouvoir la rendre un jour.

Et je crois que c’est sans doute le plus important à retenir: que vous acceptiez ou non le travail gratuit, soyez en accord avec vos valeurs. Si vous choisissez de travailler parfois bénévolement, je vous invite à faire un contrat systématiquement, même si vous bossez pour votre mère, afin de ne laisser aucune place à l’incertitude et aux « ouais mais t’avais dit que… ». Je recommande également de demander une somme, aussi petite soit-elle; le fait d’avoir un échange financier, même de l’ordre de 10 euros, peut changer beaucoup de choses. Ne serait-ce que pour différencier votre relation professionnelle de votre relation personnelle, et ainsi préserver cette dernière. Mais vous faites bien de ce que vous voulez *emoji qui lève les bras*.

Et vous, quel est votre avis sur la question?

NB: cet article n’a rien à voir avec le fait de faire du bénévolat en dehors de son activité professionnelle. Je pense que c’est évident, mais je préfère le préciser.

2 commentaires

  1. julia sur 17 février 2020 à 20 h 58 min

    Merci pour toute l’aide que tu m’a apportée avec ton coaching. En effet le fait de payer chaque session m’a fait sans doute prendre les choses plus au serieux dès le début, même si le tarif n’était pas très élevé.

    • Lauranne sur 18 février 2020 à 11 h 40 min

      Merci à toi pour ta confiance et tout le super travail que tu as fait! 🙂

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