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Distorsion cognitive 2: le rejet du positif

Comme chaque mois depuis un mois déjà (le temps passe comme des voitures!), je vous partage une nouvelle distorsion cognitive ainsi que quelques exemples précis, pour mieux la comprendre. Si vous ne savez pas ce dont je parle, cliquez ici. (Lecture: 3min38).

Assumer ses échecs, rejeter ses réussites

Cette distorsion ressemble à s’y méprendre à la précédente: il s’agit en effet de faire abstraction du positif pour se concentrer sur le négatif. Mais ne criez pas tout de suite à l’arnaque et attendez un peu avant d’exiger le remboursement de vos invitations.

Je pense que nous sommes nombreux à utiliser ce filtre. Tellement nombreux, en fait, qu’on pourrait se demander si, par hasard, on n’apprendrait pas à tous les membres de notre société que cette distorsion = la normalité.

Utiliser ce filtre revient en effet à prendre l’entière responsabilité de tous les aspects négatifs de sa vie, tout en attribuant au hasard et à la chance tous les aspects positifs. Pourtant, quand on regarde de près le parcours de personnes dont on estime qu’elles ont réussi, on voit bien qu’elles ont travaillé pour en arriver là, qu’elles ont su créer des opportunités, puis les saisir, qu’elles ont fait de choix difficiles, courageux, parfois absurdes aux yeux des autres sur le moment. Le pourcentage de « chance » qu’ont eu ces gens est finalement extrêmement faible. 

Mais le reconnaître serait pourtant mal poli et hautain. Quand avez-vous entendu quelqu’un dire à la télévision/sur internet/autre: « tout ce que j’ai, je le mérite, la chance n’a rien à voir là dedans. La vérité c’est simplement que je suis doué.e et travailleur.se»? Ça arrive, mais pas souvent…

Cette distorsion peut également consister à transformer un événement neutre en une expérience négative. Je vous glisse quelques exemples concrets ci-après!

« J’ai tout raté »

Ginette sort d’un devoir de maths. Elle est première de sa classe, et excelle dans toutes les matières. Comme à son habitude, elle a bien révisé. En réalité, elle n’a aucun moyen, à ce stade, de savoir si elle a ou non réussi son devoir. Elle a tout complété, mais elle n’a pas encore eu la confirmation que les résultats qu’elle a obtenu étaient les bons. Tant qu’elle n’a pas eu sa note, ou au moins la correction des exercices, il s’agit donc d’un événement neutre et en attente. Plutôt que de le considérer comme tel, Ginette décide qu’elle a tout raté et ne se gêne pas pour le crier à qui veut l’entendre. Son entourage est un peu saoulé: elle fait ça à chaque fois! « Ah nan mais là c’est différent, j’ai fait de la merde, j’ai tout faux je suis sûre ». Une semaine plus tard, Gigi apprend qu’elle a finalement eu 18/20. A chaque nouvel examen, elle passe par ces mêmes étapes. Pendant TOUTE sa scolarité (c’est long).

« J’ai eu beaucoup de chance »

José-Pierre est allé au bout de son rêve: percer dans la musique. Il travaille à ce projet depuis qu’il a 7 ans. De cours de chant en cours de solfège et de piano, il s’entraine comme un fou pour s’améliorer. Il écrit et compose depuis qu’il a 10 ans, ce qui lui a valu de longues années à être la risée de son école – ses petits camarades n’hésitant jamais a bien bien se foutre de la gueule de ce weirdo. A 14 ans il commence à s’inscrire à des concours; parfois il les gagne, parfois il les perd. Il s’oppose à ses parents après le bac, car ils veulent qu’il fasse des études et se trouvent un vrai métier, comme il se doit. Il monte à Paris tout seul, enchaîne les petits boulots pour subvenir à ses besoins et être indépendant. Après des années à s’entendre traité d’ado attardé, à vivre avec très peu et à sacrifier tout son temps libre à sa passion, il est enfin repéré par une maison de disque. Son premier album est un énorme carton, certifié 40 000 fois disque de platine, et son titre phare est choisi pour être la musique d’un gros blockbuster américain. D’interview en interview, il remercie tous ceux qui ont toujours cru en lui – sauf… lui-même – et explique inlassablement son succès par ces mots: « j’ai surtout eu de la chance. Je ne sais pas pourquoi moi, pourquoi ma musique a un tel succès. Mais je suis vraiment très chanceux ».

« Je suis une catastrophe ambulante »

Gilbert est une personne tout ce qu’il y a de plus lambda. Mais si vous l’interrogez, il vous avouera être horrible. « A 5 ans, j’ai écrasé une coccinelle » confie-t-il, honteux, à ceux qui le pousse dans ses retranchements. Compliqué pour Gilbert de trouver l’amour, puisqu’il ne mérite personne. Chaque fois qu’il tombe sous le charme de quelqu’un et que c’est réciproque, c’est toujours la même histoire… Il pousse l’autre à le quitter et à trouver quelqu’un qui en vaut vraiment la peine. S’il se laisse parfois convaincre qu’il n’est peut-être pas si mauvais, il suffit d’un micro événement pour le faire rechuter: « j’ai voulu y croire, j’ai voulu me dire que je pouvais changer et devenir une meilleure personne. Mais tu vois bien désormais que c’est impossible. Je savais que tu avais faim et moi je fais quoi? Je fais cramer le poulet. En plus je n’ai pas osé de te le dire, mais avant-hier j’ai cassé un verre. Je suis irrécupérable ». 

Demandez à Gilbert de parler de ses qualités, il ne pourra vous en citer aucune; par contre il vous fournira une liste étendue de ses défauts. Si vous le comparez à des tueurs en série? « Oui non d’accord, mais là tu pars dans des extrêmes ». Ses succès professionnels? Au choix: « c’est normal, c’est mon travail. Je ne suis pas bon, je suis moyen », « non ça c’est pas du tout un succès » ou encore « ce truc là, je ne sais pas, je ne me l’explique pas. C’est un hasard, ou un très gros coup de bol ».

Quoi? Que dites-vous? Que cette distorsion pourrait être alimentée par un manque cruel de confiance en soi? Oh… Intéressant. A votre avis, comment pourraient réagir Ginette, José-Pierre et Gilbert, la prochaine fois qu’ils se retrouveront dans une situation similaire, pour sortir de leur distorsion? N’hésitez pas à donner votre réponse en commentaire ou à me l’envoyer par mail (contact@laurannechavel.com).

1 commentaire

  1. […] de minimiser, voire de ne pas reconnaitre du tout ses qualités et ses compétences. Contrairement au rejet du positif, on n’accorde pas ici ses réussites au hasard ou à la chance. On les explique tout bonnement […]

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